Il fut un temps où la faculté de droit de l’Université de Kinshasa incarnait la rigueur intellectuelle et la noblesse de la pensée juridique. Sous l’ombre tutélaire du brillantissime Professeur Marcel Lihau Ebua, la science de Montesquieu trouvait encore des gardiens dignes de son héritage.
Mais aujourd’hui, ce temple du savoir semble avoir perdu son âme.
Les constitutionnalistes qui ont succédé à Lihau se sont transformés en acteurs d’un théâtre où le droit n’est plus qu’un instrument de pouvoir, une marchandise au service des intérêts du moment.
La dérive est palpable.
Dans les amphithéâtres, les étudiants sont abreuvés de discours qui ne défendent plus la Constitution, mais la fragilisent. Les débats sur le changement de la loi fondamentale, soutenus à cor et à cri par certains professeurs, ne sont pas des exercices académiques neutres : ils deviennent des plaidoyers politiques, des justifications savantes pour des agendas obscurs.
Comment, dès lors, faire confiance à ces jeunes diplômés qui sortent de la faculté de droit, armés d’un savoir contaminé par la compromission ?
Ces juristes, qui évoluent dans les institutions judiciaires ou servent comme conseillers juridiques dans les entreprises publiques et privées, portent en eux les stigmates d’une formation où l’éthique a été sacrifiée sur l’autel de l’opportunisme.
Le constat est amer : beaucoup de professeurs ont prostitué le droit en RDC. Ils ont troqué la rigueur scientifique contre des faveurs politiques, transformant la salle de cours en antichambre des ambitions personnelles. Le droit, qui devrait être un rempart contre l’arbitraire, devient un outil de légitimation de l’injustice.
Et pourtant, le rôle du professeur de droit est sacré. Il ne s’agit pas seulement de transmettre des connaissances, mais de former des consciences, de préparer des générations capables de défendre la République et ses institutions.
Quand ce rôle est trahi, c’est tout l’édifice national qui vacille.
La République démocratique du Congo ne pourra se relever sans une refondation morale de son enseignement juridique. Il est urgent de réhabiliter la faculté de droit, de restaurer la dignité de l’enseignement, et de rappeler aux professeurs que leur mission n’est pas de servir les puissants, mais de servir la vérité. Car un pays où le droit est prostitué est un pays condamné à la dérive.
YAMAINA MANDALA

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