RDC : Un pays où les opinions critiques conduisent désormais à la prison ?

Manix Iyenda, détenu à la prison centrale de Makala pour un simple tweet

* Le cas emblématique de Manix Iyenda, détenu à la prison centrale de Makala pour un simple tweet, relance avec acuité le débat sur la fragilité de la liberté d'expression sous l'administration de Félix Tshisekedi.

Depuis les couloirs sombres de la prison centrale de Makala, Manix Iyenda livre un témoignage glaçant qui résonne comme un signal d'alarme pour la démocratie congolaise : « J’avais fait un tweet dans lequel je traitais le Ministre de la Justice d’incompétent et je disais que Constant Mutamba le dépassait. Juste pour l’avoir qualifié d’incompétent, il a saisi le procureur Isofa qui a lancé un avis de recherche contre moi. J’ai été traqué pendant presque une semaine avant d'être appréhendé en plein centre-ville. »

Ce récit met en lumière une réalité brutale : en République Démocratique du Congo, l'expression d'un avis critique sur la performance d'un membre du gouvernement peut désormais se transformer en chronique judiciaire. Manix Iyenda rejoint ainsi une liste de plus en plus longue de citoyens dont la parole libre est étouffée par l'appareil répressif de l'État. Ce constat pose une question fondamentale : qu'est devenue la promesse de "l'État de droit" et de la liberté d'opinion brandie par ceux qui sont aujourd'hui au pouvoir ?

Une dérive liberticide qui interroge les promesses de l'UDPS

Les Congolais font face à une désillusion amère. Ceux qui, durant des décennies de lutte dans l'opposition, militaient pour le droit à la contradiction, semblent aujourd'hui incapables de supporter le moindre reproche citoyen. Arrestations arbitraires, harcèlement judiciaire et mauvais traitements deviennent le lot quotidien de ceux qui refusent de s'aligner sur le discours officiel. Pour de nombreux observateurs, cette intolérance croissante fragilise les fondements de la République et trahit l'héritage des pères de la démocratie congolaise.

Ce climat de tension semble valider les accusations répétées du PPRD, le parti de l’ancien Président Joseph Kabila, qui ne cesse de dénoncer ce qu'il qualifie de dérive dictatoriale de l’UDPS. En instrumentalisant la justice pour des délits d'opinion, le régime s'expose à un isolement diplomatique et à des rapports accablants des organisations internationales de défense des droits de l'homme.

Dans une véritable démocratie, le droit de qualifier un ministre d'incompétent relève de la liberté de critique indispensable au contrôle citoyen. Transformer un jugement de valeur en infraction pénale est un recul historique inquiétant. La persécution des voix discordantes est le signe d'un pouvoir qui, faute de pouvoir convaincre par les résultats, choisit de contraindre par la peur.

Médiatrice Ngbendi Alemboa | Pour le Journal "Le Juge"

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