Alors que la Constitution congolaise leur confère un rôle essentiel de contrôle et de législation locale, les assemblées provinciales semblent s’être détournées de leur mission. Dans plusieurs provinces, les députés passent plus de temps à s’entre-déchirer qu’à légiférer, souvent manipulés par les gouverneurs qui les tiennent sous leur coupe. Dans le Lualaba, par exemple, l’organe délibérant est même allé jusqu’à voter un édit proclamant son allégeance à l’autorité provinciale. Une dérive qui pousse de nombreux observateurs à s’interroger : à quoi servent réellement ces institutions censées incarner la démocratie de proximité ?
Les assemblées provinciales ont été conçues pour incarner la démocratie locale, contrôler l’action des gouverneurs et voter des édits adaptés aux réalités de chaque province. Mais dans les faits, elles se transforment trop souvent en arènes de conflits internes. Les rivalités politiques, les querelles de leadership et les calculs d’intérêts personnels prennent le pas sur le travail législatif.
Au lieu d’être contrôlés, les gouverneurs manipulent les députés provinciaux. Ils utilisent leur influence politique et financière pour neutraliser toute opposition. Dans certains cas, les élus deviennent de simples instruments au service de l’exécutif provincial. L’exemple du Lualaba est édifiant : l’assemblée a voté un édit proclamant son allégeance à la gouverneure Fifi Masuka Saini, une décision qui choque par son absurdité et qui illustre la perte totale d’indépendance institutionnelle.
Cette situation soulève une question fondamentale : les assemblées provinciales remplissent-elles encore leur mission ? Pour de nombreux analystes, elles ne sont plus que des coquilles vides, incapables de jouer leur rôle de contre-pouvoir. Leur existence coûteuse, financée par le budget national, ne se justifie plus si elles ne produisent ni lois utiles ni contrôle efficace.
L'hypothèse d'une solution radicale :
Face à ce constat, certains observateurs proposent une solution radicale : supprimer purement et simplement les assemblées provinciales. Une telle décision entraînerait automatiquement la suppression du Sénat, puisque celui-ci est composé des délégués des assemblées provinciales. Ce scénario, aussi provocateur qu’il puisse paraître, met en lumière l’ampleur de la crise institutionnelle et la nécessité de repenser globalement la gouvernance locale.
Les assemblées provinciales, censées être les piliers de la démocratie de proximité, se sont transformées en instruments de manipulation et en foyers de divisions. Leur incapacité à remplir leur mission interroge sur leur utilité réelle. Entre maintien coûteux et suppression radicale, le débat est ouvert. Mais une chose est certaine : tant que ces institutions resteront sous la coupe des gouverneurs, elles ne pourront jamais incarner le contre-pouvoir attendu par les citoyens. Kinshasa et les autres provinces méritent mieux qu’un théâtre politique où l’allégeance supplante la législation.
Yamaina Mandala

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