Alors que l’Office national des Transports
ONATRA traverse une crise sociale et financière profonde, un bras de fer s’est engagé entre la direction générale et l’Intersyndicale.
Au cœur de la tempête: la révocation controversée d’Armand Osase, président de l’Intersyndicale, accusé d’avoir dénoncé la gestion opaque de l’entreprise.
Ce dernier refuse de céder et dénonce une tentative de musellement syndical.Une révocation qui fait scandaleLe 25 novembre 2025, Armand Osase, président de l’Intersyndicale de l’Onatra, est interpellé puis transféré à la prison centrale de Makala. Quelques jours plus tard, la direction générale, dirigée par Martin Lukusa, annonce sa révocation.
Officiellement, il lui est reproché des propos jugés diffamatoires et une attitude subversive. Officieusement, il paierait le prix de ses dénonciations répétées contre la gestion de l’entreprise.
Depuis plusieurs mois, Osase tirait la sonnette d’alarme sur la situation interne de l’Onatra: arriérés de salaires, retraités abandonnés, cessions opaques de terrains stratégiques, et blocage du processus de réhabilitation du port de Matadi. Des critiques qui n’ont manifestement pas plu à la hiérarchie.
Un climat de répression et de peurLa révocation d’Osase s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre la direction et les syndicats, accusés d’être marginalisés, voire persécutés.
Plusieurs agents affirment que la direction tente de constituer une nouvelle majorité syndicale docile, en violation des statuts internes.
Le Syndicat national des réformateurs SYNAR et d’autres structures indépendantes dénoncent une dérive autoritaire, où toute voix critique est systématiquement étouffée. «On veut faire taire ceux qui défendent les travailleurs», confie un délégué syndical.
« Je reste président »: Osase défie Martin Lukusa Dans une récente déclaration à la presse, Armand Osase persiste et signe: «Je demeure président de l’Intersyndicale jusqu’à la tenue des prochaines élections syndicales».
Il rejette ainsi toute tentative de le remplacer par un «flatteur parachuté par la direction» et qualifie ces manœuvres de « putsch syndical ».
Pour lui, cette crise dépasse sa personne: elle révèle une volonté manifeste de museler les syndicats et de neutraliser toute contestation dans une entreprise publique en grande difficulté.
«Ce n’est pas en réprimant les syndicalistes qu’on redressera l’ONATRA. C’est en écoutant les travailleurs et en assainissant la gestion», a-t-il déclaré.Une entreprise à bout de souffle L’Onatra, autrefois fleuron du transport multimodal en RDC, accuse le poids des années de mauvaise gouvernance.
Les infrastructures sont vétustes, les équipements obsolètes, et les recettes en chute libre. Malgré les recommandations du gouvernement, les agents ne perçoivent pas régulièrement leurs salaires, et les retraités attendent toujours leurs indemnités.
La gestion actuelle est pointée du doigt pour favoriser des intérêts privés, au détriment du patrimoine public.
Dans ce contexte, la répression des voix syndicales apparaît comme une fuite en avant, au lieu d’un véritable plan de redressement.Le bras de fer entre Armand Osase et le DG Lukusa est plus qu’un simple conflit interne.
Il pose une question fondamentale: quelle place pour la liberté syndicale dans les entreprises publiques congolaises?
Dans un pays qui se veut démocratique, la répression des représentants du personnel ne peut être une solution durable. Si l’Onatra veut se relever, elle devra restaurer un climat de dialogue, de transparence et de respect des droits syndicaux.
Faute de quoi, les tensions sociales continueront de miner toute tentative de réforme.
Armand Osase, en refusant de céder, incarne cette résistance à une gouvernance autoritaire qui semble avoir oublié que le redressement d’une entreprise commence toujours par l’écoute de ceux qui la font vivre.
Mireille Apendi

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